être de passage
Il y a surement des centaines de façon d’être de passage. Sans doute y a t-il autant de façon que de passants. “Je ne fais que passer” dit celui-là, pour bien marquer qu’il ne va pas s’incruster ou bien s’assurer qu’on ne le retiendra pas. “Je passais par là” dit tel autre pour signifier qu’il se rendait quelque part et que…, comme il passait devant…, il en profite pour s’arrêter. Cela a pour avantage d’ouvrir une possibilité d’accueil, mais cela permet également, dans le cas contraire, un départ rapide vers cette autre destination évoquée à l’arrivée. Être de passage, dans ces cas là, c’est pratique, c’est confortable, ça permet de ne pas s’impliquer tout en laissant la porte ouverte à un “bon! puisque tu m’invites si gentiment, je vais rester dîner”.
Là il s’agissait “d’être de passage” chez quelqu’un, mais qu’en est-il de “l’être de passage” dans un lieu? Au fond le rapport aux lieux peut-être plus compliqué que le rapport aux gens. Les gens, on peut toujours les ignorer. Les lieux c’est différent, ils nous imprègnent, ils nous enveloppent, ils nous pénètrent. Je suis sensible aux lieux. Bien sur, il y a des lieux où je passe sans trop m’en rendre compte. Des lieux qui me laissent indifférents même lorsque j’y passe des centaines de fois. Et puis, il y en à d’autres où je me suis arrêté une seule fois et qui me laissent un souvenir vivace.
Je pense à un village, quelque part entre Limoges et Poitiers où je m’étais arrêté il y a trois ans et que j’avais parcouru, reflex à la main. Je revois les pierres de ses maisons, l’arche de son pont, les méandres de son cour d’eau, la lumière qui le baignait ce jour là. Souvent je repense à cet endroit où je m’étais dit qu’il ferait bon habiter. J’ai oublié son nom, je n’y suis jamais retourné et ce village est resté vivant en moi.
Après il y a ces lieux que j’affectionne et où je retourne régulièrement: le Thoureil, Bouchemaine, l’Orbière, le Dolmen du Bourg Dion, Minerve, Rennes le Château… Ces lieux j’y suis toujours de passage mais la familiarité que j’entretiens avec eux fait que m’y sens chez moi. Se sentir chez soi dans un lieu où je suis “de passage”, c’est étrange non? D’où vient ce sentiment d’attachement à un lieu? Dans ces lieux, les gens que je côtoient sont rarement ceux que j’y rencontre, mais plutôt, ceux que j’y emmène. J’aime faire découvrir ces lieux qui me sont chers.
C’est là que je réalise que le lieu est un contenant, je peux y mettre ce que je veux et ceux que je veux. Ces lieux habités sont des lieux qui m’habitent :-), n’y voyez rien de phallique, quoi que…, certains menhirs… Parlons justement des dolmens. Est-ce le dolmen qui fait le lieu? ou bien le lieu a-t-il fait qu’on y a mis un dolmen? Le dolmen devient le domaine des rêves de ceux qui l’ont érigé. Des lieux pour rêver: folies des bords de Loire. Des lieux où souffle l’esprit; je me souviens de m’être presque perdu dans les galeries obscures de l’Hélice terrestre, un briquet à la main et d’avoir rêvé à un “ventre universel” la nuit même. Il y a ces “grands rêves” dont parle Jung, rêves qui nous marquent profondément et qu’on n’oublie jamais. Dans quels lieux se logent-ils?
Le lieu, le local, là où je suis, là où nous sommes, là où nous allons. Le pèlerin chemine vers son but, il finit par réaliser que “le chemin” était son but. El Camino, disent les gitans. “Prendre la route”. Je mes souviens de deux gitans en train de parler “du voyage” avec une lueur dans les yeux. “Nous sommes faits pour le voyage” disaient-ils.
Être de passage, sommes nous autre chose que des êtres de passage?
